Exposition, Etat de siège

Vernissage le 17.09 dès 18h30 à la bibliothèque d’art et d’archéologie (promenade du pin 5 – 1204 Genève), visible du 14.09 – 30.10.2026

État de siège réunit des photographies de Nino Vuarrier-Martinez-Zinalewski prises entre 2023 et 2026, à Genève et à Berne, lors des manifestations du mouvement pour la Palestine, de la mobilisation No G7 et de la grève féministe.

Les seize photographies présentées à la Bibliothèque d’art et d’archéologie relèvent d’un travail artistique et subjectif assumé, non d’un photoreportage objectif. Une manifestation ne se réduit pas aux quelques images qu’on en retient. L’artiste cherche une ambiance, un moment vécu, une sensation. 

Avec État de siège, l’artiste nous emmène au cœur des cortèges, à hauteur de regard. Les images sont brutes : le cadre coupe les corps, les drapeaux envahissent l’image, la fumée absorbe la ville, les distances sont courtes et le point focal manque. Ses images sont prises en mouvement. Il voit, il saisit.

Aux sensations arrachées à l’instant s’ajoute le choix d’une technique qui interdit de se reprendre : l’argentique. La pellicule compte les vues, impose l’attente et exclut la rafale. Ce que la manifestation a de plus éphémère se dépose ainsi sur une matière, pour lui laisser « une trace durable, matérielle, indélébile. »

L’immersion se prolonge au fond de la salle de lecture. Une installation sonore y réunit des slogans capturés sur le vif ainsi qu’une sélection musicale militante, dont Pas les mots de Malik et SHABAN de Kery James.

Le titre de l’exposition est emprunté à Mahmoud Darwich, qui écrit État de siège à Ramallah en 2002, sous le couvre-feu. Un de ses poèmes est présenté en arabe littéraire et en français dans la salle silence de la bibliothèque. À sa lecture, le cri des cortèges change de nature : il ne vise plus personne, s’intériorise et réveille celui qui le pousse.

L’œuvre de Nino Vuarrier-Martinez-Zinalewski pose ouvertement la question du droit de manifester en Suisse et plus précisément à Genève. La ville internationale contribue à la défense de ce droit par les organisations qu’elle abrite. Le pays, quant à lui, est condamné en 2026 par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir violé la liberté de réunion lors d’une manifestation féministe tenue à Genève en 2019.

Reste la bibliothèque. On y travaille, on s’y tait, on y revient. Pendant sept semaines, les images ne seront pas visitées, elles seront croisées par des lecteurs qui relèvent la tête. Le cri de Darwich, lui, est accroché dans la salle où l’on ne parle pas. Il faudra le lire sans le dire.

Stéphanie Courtines, commissaire de l’exposition